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 « Le malheur ne distingue pas et dans sa course errante, il se pose aujourd'hui sur l'un et demain sur l'autre. » [pv Berlin]

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Aguste M. Voulant
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MessageSujet: « Le malheur ne distingue pas et dans sa course errante, il se pose aujourd'hui sur l'un et demain sur l'autre. » [pv Berlin]   Jeu 28 Aoû - 21:33


Un reste de pizza, victime de sa décongélation. Un sweat accoudé à un survêtement couvert de boue. Trois morceaux de papier, froissés, en boule, entourant une poubelle supposée être leur destination. Une moquette ponctuée de chaussettes, chaussures, quelques livres et beaucoup de câbles reliés ou non à d’autres, formant un réseau sans queue ni tête qui mène inexorablement  à un enchevêtrement de plastique et de métal, et un ronronnement continu : le groupe électrogène et ma bécane. Oh, non, il ne faut pas s’y méprendre ! Je ne parle ni d’une moto, ni d’un quelconque véhicule, mais bel et bien ce qui compose le cœur de mon système et quelques giga de rams et de mémoire. Mon ordinateur. Et pour terminer le tour de mon salon, un canapé enseveli sous une couverture rêche, quelques vestiges de repas et cadavres de bière, et une peluche rescapée qui trône sur mon unité centrale placée au milieu de la pièce. Depuis que Colombe n’est plus là, cette peluche en est un vague substitut. Très vague, j’en conviens, vu que ce n’est même pas un piaf, juste un poulpe décoloré et initialement vers, auquel il manque deux tentacules et qui est rafistolé à coup de sparadrap pour ne rien perdre du coton qui constitue son seul groupe sanguin. Mais osef des détails, ce poulpe, c’est tout ce qu’il me reste de Colombe, et il siège en roi sur mon royaume de fils et de câbles Ethernet reconverti pour m’offrir un serveur efficace, des écrans et un ordi performant pour mon nouveau travail, si on peut nommer ainsi mes occupations plus qu’illégales. D’ailleurs, en parlant d’occupation, je suis avachi sur mon siège d’ordinateur, à le faire tourner d’un coup de talon, dans un sens puis dans l’autre, du métal à fond dans mon casque qui vibre au rythme des lourdes basses.

Mes doigts pianotent sur le clavier depuis plus d’une heure, les lignes de code s’allongent sans voir de fin sur l’écran alors que je réfléchis au chemin le plus direct pour ce que je veux. Ce que je veux ? Juste sécuriser mes données. Les crypter, les imbriquer les unes dans les autres dans un agrégat inextricable pour toute personne ne possédant pas la clé. Et à quoi ça va me servir ? Strictement rien. Je doute qu’une autre personne dans les ruines de Minneapolis, en dehors de moi, s’intéresse à la sécurité des systèmes informatiques. Les gens essayent trop de survivre ou d’avoir une vie normale, comme avant, pour se concentrer là-dessus. Et je dois dire que ça m’arrange. Donc pourquoi faire ça ? Et bien, c’est c#n à dire, mais ça me permet de m’occuper l’esprit. Je m’ennuie. Les mois ont beau s’écouler depuis la mort de Colombe, je suis perdu dans un infini d’ennui, et un ennui infini, sans trouver la sortie de ce labyrinthe. Sans forcément la chercher non plus, il faut se le dire. Brute sans cervelle ! Se serait aussitôt exclamée Colombe si je ne l’avais pas tuée. Ouais, une brute sans cervelle. Mes doigts interrompent leur course sur le clavier, et je me crispe. Colombe. Je me saisis du clavier et le balance contre le mur dans un cri de rage et d’exaspération. Et comme s’il n’avait été qu’une feuille d’aluminium, il se froisse dans mes mains avant d’exploser dans une multitude de lettres et un désordre innommable. Aussitôt ma tête chute entre mes doigts qui glissent dans mes cheveux et ma barbe de trois jours. C’est le quatrième clavier que j’explose ainsi, en moins de deux semaines. A croire que c’est une nouvelle occupation. Avant, lorsque je jetais mon clavier contre me mur – vivent les claviers en bluetooth qui permettaient de ne pas avoir de fils à arracher – il se contentait d’émettre un crac inquiétant. Maintenant, il se transforme en confettis plissés comme de la tôle. Si j’ai bien compris, en plus d’avoir pris une couleur sanguine, mon bracelet s’est éclaté à me rendre similaire à un Hulk qui aurait la malchance de savoir dire autre chose que « Hulk pas content », un Hulk tombé dans la potion magique quand il était petit, un Hulk tombé dans un pot de peinture rouge aussi. Comme un Serpentard auquel les Gryffondor auraient joué un mauvais tour. Ou simplement Luigi qui se prend pour Mario. Dans tous les cas, il y a l’idée, et le célèbre Espèce de brute sans cervelle de Colombe a pris un tournant bien moins marrant lorsque ces foutus bracelets se sont activés. Et moi, je me retrouve une nouvelle fois sans clavier.

Du bout du pied, je rassemble les lambeaux de l’objet explosé, à la recherche d’une façon de le sauver. Je ne suis pas vraiment d’humeur à faire des puzzles, ça, je ne le comprends vite en ne récoltant que des lettres éparses. Et bien, je suis bon pour aller faire des courses. J’attrape une casquette, une veste et mes doigts hésitent devant le 9mm maudit qui trône à quelques mètres du poulpe, comme un avertissement. Son chargeur est vide, je le sais. Toutes les balles ont trouvé leur chemin vers la poitrine de Colombe, cette nuit là. Je secoue la tête, et finis par le laisser à sa place en dégringolant d’un pas rapide les quelques étages qui me séparent de l’asphalte. Il fait encore jour, même si l’astre solaire fuit vers l’horizon, comme le lâche qu’il se contente d’être. Oui, le soleil est un lâche. Sérieusement, un truc qui brille et qui laisse la place aussi régulièrement à ce micro truc argenté, moi j’appelle ça un lâche. Je lui tire la langue dans un mouvement très puéril, et lui montre un seul de mes doigts dans un mouvement toujours aussi puéril mais un peu plus grossier, avant de me mettre à courir en direction de la caverne d’Ali-Baba, comme je prends plaisir à l’appeler. Après tout, c’est toujours sympa de pouvoir se servir sans que quiconque n’y retrouve à redire, même si du coup l’action perd de son charme. En quelques minutes, j’entre dans les locaux dévastés. Je sais que dans la réserve, il y a des cerbères et d’autres armoires à glace qui veillent sur les médocs, mais j’en ai rien à foutre : ce qui m’intéresse s’entasse dans des débris de verre et des débris tout court. Je fronce les sourcils, mes yeux brun cherchant un clavier plus ou moins en bon état ou du moins récupérable. J’aperçois un petit pendentif, certainement un porte-bonheur anciennement posé sur un bureau, et je le glisse dans ma poche sans l’ombre d’un remord. Quelques objets le suivent, jusqu’à ce que je mette la main sur l’objet de ma recherche. La nuit est totalement tombée maintenant, et je suis mal barré. Comme je suis entré, avec autant de discrétion même si ce n’est guère mon fort – je suis étrangement plus du genre à foncer dans le tas pour voir ce qu’il va se passer – je ressors et j’atterris au rez-de-chaussée des laboratoires, avec la ferme intention de ne pas traîner dans le coin. Un mouvement – bruit ? – dans un coin attire cependant mon attention. Ca fait trop longtemps que je ne me suis pas battu. Ca fait trop longtemps que je ne me suis pas heurté à la présence d’un autre être humain, en dehors de Feeris bien sûr. Au moins deux semaines, en fait. Et deux semaines, pour un social impulsif et bourrin comme moi, c’est étrangement long. Je m’immobilise donc, en réajustant la bretelle de mon sac en bandoulière sur mon épaule pour lui éviter une chute involontaire. « Y’a quelqu’un b#rdel ? » Une phrase sans juron est une phrase sans sens, disait mon grand-père. Cette phrase m’a marqué, parce qu’elle est foutrement vraie ! Les jurons et les injures, ce sont les ponctuations de mes phrases. « Tu parles et tu t’annonces, c#nnard, qui que tu sois, sinon tu risques de parler avec les pissenlits, compris ? » Ce n’est ni charmant, ni sympathique, mais j’en ai rien à faire. J’aime pas ne pas savoir, et je n’ai ni une ouïe surpuissante, ni une vision nocturne, alors savoir qu’il y a possiblement un blaireau ou un trouffion dans la même pièce que moi, ça me met un peu sur les nerfs.
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